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Mardi 5 juin 2007 2 05 /06 /2007 22:35

C'était une magnifique journée d'été, le soleil brillait de tout son éclat, un léger vent marin venait rafraîchir les habitants et… Le retour tant attendu du seigneur de ces lieux était enfin arrivé.

Les habitants de Winbourg se hâtaient à la décoration extérieure de leur demeure pour donner à la ville un air de fête. Exceptionnellement, tous les commerçants avaient fermé pour se préparer à la venue de Sir Von Karl'sen. Seule l'auberge restait ouverte pour accueillir d'éventuels voyageurs.
Au milieu de la grande place, trônait une petite estrade où cinq musiciens, représentants Winbourg et ses quatre villages avoisinants, attendaient, vêtus de leurs plus beaux habits, un signe pour commencer à jouer. Ils symbolisaient la fierté de leur famille mais aussi celle de la contrée.
Les préparatifs de la fête furent terminés lorsque le soleil atteignit son apogée. On fit répéter une dernière fois les musiciens et ceux-ci se donnèrent à cœur joie !


- Viktor, j’ai une excellente nouvelle pour toi…
- Laquelle ? s'écria le concerné, j'ai le droit de ne pas assister à la fête ?
- Ne dis pas n'importe quoi…, tu sais très bien qu'elle est importante, elle annonce le grand retour de notre seigneur ! - Je sais… Il est partit pendant des années et il revient enfin… Mais franchement, je ne suis pas d'ici et…
- Cela fait quand même trois ans que tu as décidé de rester avec moi et pendant tout ce temps, je ne t'ai jamais rien demandé et…
- Ça va ma tante, j'ai compris… Quelle est cette nouvelle extraordinaire que tu voulais m'annoncer ?
- Tu fais partit des cinq chanceux qui vont jouer pour le retour de Sir Von Karl'sen !
- Je suis… Enchanté…


- Tout ça pour faire plaisir à ma tante… Enfin… Après tout ce qu'elle a fait pour moi, je peux au moins lui rendre ce service…

Viktor pensa alors à tous les bons moments qu'il avait passés jusqu'ici. Ses chers parents défunts lui revinrent en tête ainsi que ses deux sœurs disparues. Tout s'était passé tellement vite… Les cris des gens, les flammes qui envahissaient les lieux et sa mère… Sa mère qui lui criait de fuir et de retrouver Mirka…
Sans s'en rendre compte, une petite larme roula doucement sur son visage et la musique qu'il jouait se transforma progressivement en une douce complainte. Les quatre autres musiciens s'étaient arrêtés et tous les habitants se regroupèrent peu à peu autour de l'estrade. Tous tombaient sous le charme de cette délicieuse musique.

- Il arrive ! Il arrive !

Cette phrase tira Viktor de sa rêverie. La mélodie arrêtée, tout le monde se mit en place pour accueillir comme il se doit le seigneur de ces lieux.

- Je savais bien que ce violon cachait un quelconque pouvoir… marmonna une ombre.

Les cinq jeunes avaient repris leur place au centre de l'estrade et jouaient avec honneur la gloire de leur seigneur. Les jeunes filles, elles, lançaient des confettis depuis les hautes fenêtres des maisons.
Au bout de quelques minutes, Sir Von Karl'sen apparut enfin. Il s'arrêta devant l'estrade et esquissa un léger sourire.
Dès les dernières notes jouées, la main droite du seigneur se leva et le silence se fit. Seul le bruit des feuilles soulevées par le vent venait rompre ce calme.

- Merci, merci à vous tous pour m'avoir organisé une petite fête de retour. Comme vous le savez, j'ai été obligé de partir en croisade pour la paix de notre contrée et je reviens… Entier, comme vous pouvez le constater.

Les visages se détendirent et tous sourirent. On put même entendre quelques rires.

- Je tenais à vous remercier pour votre soutien et votre fidélité. Durant ce dur voyage, j'ai appris que seule la force de l'armée ne suffisait pas et qu'une plus grande force devait être requise. Cette force, je l'ai prise pour vous ! C'est une force extraordinaire et elle assurera désormais, avec l'appui des troupes, la sécurité de toute la contrée. Et ce, pendant des siècles…

Au moment même où Von Karl'sen finit sa phrase, une ombre se dessina dans le ciel. Elle se rapprocha progressivement pour ne former qu'une immense masse noire au dessus de Winbourg. Sur le visage des habitants on y lisait de la peur et pourtant, personne ne bougea. La seule description qui pouvait se faire de cette… chose, s'était qu'elle avait une gueule de crocodile pourvue d'énormes crocs prêts à déchiqueter tout ce qui venait, un corps écailleux, une grande queue de serpent et deux immenses ailes de chauve-souris. La créature se posa sur une des toitures.

- Je vous présente Ryuu ! C'est un bébé dragon. Il fait un peu peur de prime abord mais quand on le connaît il est gentil comme un nourrisson… Désormais Winbourg sera à jamais la ville de la Paix ! Grâce à lui et à tous vos efforts, personne n'osera s'attaquer à nous !

Tout le monde se mit à applaudir. Après ce que venait de dire Von Karl'sen, plus personne n'avait peur du dragon. Après tout, s'était un bébé, il fallait juste bien l'éduquer. Pourtant, face à un tel engouement, seul Viktor se posait des questions sur la nécessité d'un tel monstre en ces lieux et… Quelle taille aurait-il lorsqu'il deviendrait adulte…?


*   *
 
*



Il faisait nuit noire. Seule la lune, dans cette sombre obscurité, illuminait son chemin. Après plusieurs mois à dos de cheval, elle arriva enfin à Winbourg. Malgré l'heure tardive, elle décida de se diriger vers l'auberge. Une fois arrivée, elle attacha son cheval et frappa à la porte. Au bout de plusieurs minutes, celle-ci s'ouvrit sur un jeune homme d'une vingtaine d'année.
Ses cheveux bruns en bataille, ses yeux à moitié ouverts, ses bâillements intempestifs et sa tenue, laissaient deviner qu'il sortait du lit.

- Excusez-moi de vous déranger si tard mais je viens d'arriver en ville et j'aimerais avoir une chambre pour me reposer…
- Ce n'est rien, répondit-il. Mais… Il est vrai que les voyageurs viennent rarement si tard pour une chambre.

Ne voulant pas s'étaler sur le sujet de sa venue tardive, la jeune femme lui répondit avec un sourire gêné. Le jeune homme la fit entrer et se dirigea vers le comptoir pour sortir un énorme cahier faisant office de registre. Il était tout poussiéreux et n'avait certainement pas servi depuis un bon bout de temps… Pendant qu'il l'inscrivit, elle jeta un coup d'œil à la pièce richement décorée. Son regard s'arrêta juste au dessus de son hébergeur, un écrin, comme elle n'en avait jamais vu jusqu'ici. Fait dans un magnifique bois massif et vernis par la suite, ses décorations en or, subtilement mises sur les bords de celui-ci, le rendait encore plus beau. Comment un aussi bel écrin, qui devait certainement renfermer un magnifique violon, s'était retrouvé dans une auberge comme celle-là…?
Le bruit sourd du registre qu'on refermait la tira de sa rêverie. Le jeune homme la pria de le suivre, l'amena à sa chambre et prit congé pour aller se recoucher. Elle se retrouva seule dans la petite pièce où un lit l'attendait pour la nuit.
Elle ôta la capuche qu'elle avait sur la tête et laissa tomber ses beaux et soigneux cheveux bruns. Malgré la longueur de ceux-ci, on distinguait ses oreilles anormalement grandes et pointues. Ne voulant pas se faire remarquer, elle avait décidé de les dissimuler.
Elle s'installa sur le lit et ferma doucement les yeux…



Le froid et la neige commençaient à envahir le village de Leonni mais, alors que toutes personnes censées restaient bien au chaud chez elles, les villageois, eux, se dirigeaient vers la plus grande maison. En effet, le bourgmestre donnait une fête en l'honneur de son fils car, étant en âge de se marier, il devait choisir une épouse à l'issue de cette soirée.
Toutes les jeunes filles habillées de leur plus belle tenue ne rêvaient qu'à être choisie. Tant pour son côté charmant, dans tous les sens du terme…, que pour son côté fils de…, Vlad semblait être un très bon parti. Lui, par contre, ne semblait voir cette fête du même œil, c'était une pure mascarade organisée par son père pour accroître sa popularité auprès du peuple.
Toutes les filles présentes étaient bien évidemment très belles mais pas autant que l'élue de son cœur. Certes, il ne l'avait vu que brièvement mais assez pour en tomber amoureux. Il ne connaissait guère son nom mais son visage resterait gravé à jamais dans son cœur et nulle autre femme ne pourrait le conquérir.
Il l'avait rencontrée lors d'une ballade près du lac Shin. Vlad aimait beaucoup cet endroit car l'air y était doux et les animaux moins farouches…

Ce jour-là, le soleil brillait de tout son éclat et une légère brise faisant virevolter un peu l'eau du lac rendait le temps agréable pour la création d'un poème. Le jeune homme sortit une belle plume d'oie, un morceau de parchemin et laissa vagabonder son imagination.
Au bout de quelques minutes, une douce et mélodieuse voix vint lui chatouiller les oreilles. Il crut, au début, à une hallucination car personne ne venait jamais ici mais la voix étant omniprésente, il décida d'aller voir plus près…
Vlad se dirigea doucement, sans faire de bruit, en écartant lentement une petite branche d'arbuste. Il se retrouva devant une magnifique cascade qu'il ne connaissait pas. Peu à peu, une ombre se dessina sous le fin filet d'eau satiné jusqu'à l'apparition d'une jeune femme aux formes audacieuses et d'une beauté extraordinaire. Vêtue d'une somptueuse robe en lin légèrement transparente. Elle avait l'air d'un ange descendu du ciel…
Le jeune homme n'en croyait pas ses yeux, comment une telle splendeur pouvait exister…?
Sans s'en apercevoir, il avança doucement vers elle jusqu'à ce qu'il marche sur une brindille…
"CRAC"
La jeune femme s'arrêta de chanter et dirigea son regard vers le bruit. C'est à ce moment qu'elle aperçut Vlad. Elle lui sourit tendrement mais avant même qu'il puisse lui demander son nom, elle disparut. Il grava son visage dans un coin de sa mémoire pour ne jamais l'oublier…

Toutes les jeunes filles se présentaient devant le jeune homme alors que son père lui donnait des conseils…

- Celle-là ne représente pas un bon parti, ses parents sont de pauvres paysans… Celle-ci, par contre, ferait une excellente épouse ! D'autant que ses parents sont de riches bourgeois et on raconte même qu'elle est bonne cuisinière…

Le concerné n'avait que faire des conseils de son père, il ne voyait rien autours de lui, seule sa Déesse venait hanter ses pensées…
Soudain, les lumières s'éteignirent et plongea dans le noir toute la salle de bal. Tous les convives se posèrent des questions lorsque des bruits de pas résonnèrent.
Une lueur, venue d'un petit être, éclaira une jeune femme. Cette femme, Vlad la reconnu de suite, c'était celle qui occupait ses pensées nuits et jours…

 
- Je pensais ne jamais vous revoir ! lança-t-il en se levant de son siège.

Pour toute réponse, il obtint à nouveau un sourire. Elle s'avança vers lui d'un pas décidé et lui murmura quelques mots. Le jeune homme n'y comprit rien, cette femme parlait une étrange langue qu'il n'avait étudiée dans les livres. Il se retourna vers son père, espérant qu'il comprenne mais à sa grande surprise, il restait immobile, comme paralysé…
Un silence de mort s'était installé…

- Le temps s'est arrêté… murmura-t-il.

La jeune femme sourit de nouveau puis s'approcha lentement de lui. Elle posa sa main droite sur son visage et déposa un tendre baiser sur ses lèvres…
Le jeune homme n'en revenait pas, cela devait être un rêve !

- Je suis désolée, déclara la jeune femme.
- Mais… Je vous comprends…
- Je vous aie transmis un peu de mes pouvoirs pour que vous puissiez me comprendre…
- Comment ça ? Je ne comprends pas ! Pourquoi le temps s'est-il arrêté ? Et, qui êtes-vous réellement, un Ange ? Une Fée ?
- Chuuuttt… lui répondit-elle en posant un doigt sur sa bouche. Je me nomme Talya et, je suis une Elfe…

Comme pour confirmer ses dires, elle découvrit ses oreilles et Vlad vit de grandes et longues oreilles pointues. Celui-ci n'en avait jamais vu et se demanda même si c'était une malformation…

- Vous ne connaissez pas notre Peuple, dit-elle comme si elle avait lu dans ses pensées, et c'est normal… Nous sommes un Peuple assez timide mais surtout, ne le prenez pas pour vous, nous sommes des êtres évolués et nous ne voulons pas partager nos connaissances avec les Humains ! Dans la forêt, nous n'aurions jamais du nous croiser, voyez-vous, je suis la princesse de ce peuple et le Roi, mon père, refuse tout contact avec votre Race ! Pourtant, je pense que nous pouvons apprendre les uns des autres… Depuis notre rencontre, je n'ai cessé de vous observer.

- Mais pourquoi…?
- Vous posez trop de questions auxquelles je ne peux répondre jeune Vlad…

La lueur s'intensifia au dessus d'elle et le jeune homme du mettre sa main devant ses yeux. Une fois la lueur atténuée, il l'enleva et…

- Que t'arrive-t-il mon Fils ?
- Père…? Mais….

Devant lui les jeunes filles continuaient d'avancer et de lui faire une révérence, les gens autour discutaient entre eux pour savoir laquelle le jeune Vlad allait prendre pour épouse. Tout était redevenu à la normale, rien ne laissait penser qu'une jeune femme, une jeune Elfe était venue ici, en ces lieux…

- Qu'y a-t-il Vlad…?

Le regard de son père semblait inquiet mais le jeune homme lui fit comprendre que tout allait bien.
Au bout d'une bonne demi-heure, la dernière jeune fille vint faire révérence.

- Tiens, je ne la connais pas… Certainement une nouvelle venue dans nos contrées…

A ces mots, le jeune homme leva les yeux et les arrêta sur la jeune fille qui venait de se présenter à eux. Il la reconnut de suite ! Cette fois, il regarda autour de lui mais rien ne semblait s'arrêter, les gens continuaient à discuter entre eux, son père la dévisageait et la musique envahissait toujours la salle.

- Elle est réelle… pensa-t-il.

Il se leva d'un bond de son siège et s'avança vers elle, lui prenant les mains dans les siennes.

- Tu es revenue…? Comment…?
- Chuuutt… Ceci doit être notre secret…

Il lui sourit et la prit dans ses bras.



On vint frapper à la porte. D'un bond, la jeune femme se leva de son lit et remit sa capuche sur sa tête.

- Oui, c'est pourquoi ?
- Excusez-moi Mademoiselle, c'est juste pour vous dire que le petit déjeuner est servit ! dit une voix à travers la porte.
- Très bien, merci, j'arrive.

Elle se lava la figure avec de l'eau, tourna la poignée de la porte et se dirigea vers la salle de l'auberge. A part un vieil homme tout rabougri à cause de l'âge, l'auberge était vide.
Une femme d'environ la quarantaine d'années s'avança vers elle et lui demanda de la suivre vers une table où un bol de café l'attendait généreusement avec un bon morceau de pain.

- Vous savez, vous n'avez pas besoin de garder cette capuche sur votre tête, il fait très chaud ici, déclara la femme.
- Merci mais… Je ne dois pas découvrir mes oreilles car j'ai une grave maladie et si elles prennent trop l'air, je peux devenir sourde.
- Excusez-moi, je ne savais pas…

L'étrangère lui sourit.

- Ce n'est pas grave. Dîtes-moi, l'auberge semble vide… Est-ce que tout le village est comme ça ?
- Vous savez, il n'y a jamais eu grand monde ici… Mais peut-être aurons-nous plus de chance aujourd'hui !
- Ah oui, et pourquoi ?
- C'est le grand retour de notre Seigneur Von Karl'sen partit en croisade ! Les villages avoisinants vont sûrement vouloir faire partit de la fête et par conséquent, ils viendront se reposer ici.
- Aaahhh… Donc, pensa-t-elle, je ne me suis pas trompée de village… Depuis le temps que je te traque… Je t'ai enfin retrouvé ! Dîtes-moi, demanda-t-elle à la femme, quand a lieu son retour ?
- Dans l'après-midi. D'ailleurs, veuillez m'excuser mais mon neveu a été choisi pour faire partit des musiciens alors il va falloir que je le prépare…
- Ne vous inquiétez pas pour moi Madame, je serais me débrouiller.

Elles s'échangèrent un regard complice puis l'aubergiste disparut par une porte entr'ouverte derrière le comptoir.
L'étrangère, quant à elle, prit un morceau de pain et le plongea dans son café. Une fois son petit déjeuner engloutit, elle déposa sur la table une pièce d'Or et se dirigea vers la sortie. Dehors, un soleil radieux, un ciel magnifiquement bleu, des oiseaux gazouillant de bonheur et, des habitants se préparant au retour de leur seigneur.

- Allez-y, préparez l'arrivée de votre seigneur, acclamez-le, adore-le ! Profitez-en tant que c'est encore possible…


*   *
 
*



Gürd, royaume ravagé par la Guerre, la Mort et la Misère ! Au dessus des nuages, sur une étrange créature ailée, un jeune homme regardait sa terre prendre une affreuse couleur rougeâtre…

- Comment a-t-on pu en arriver là ? se demanda-t-il. Pourquoi ?

Seuls les cris d'agonies de pauvres paysans lui répondirent. Karl en avait plus qu'assez de tout ceci mais que faire lorsque le Roi lui-même refusait le retrait de ses troupes ? Rien, à part acquiescer et aller au front comme tous les autres…
Le feu mourrait peu à peu, laissant l'âpre fumée s'envoler pour ne voir qu’apparaître cendres et corps calcinés. Pourtant, au loin, et malgré sa hauteur, le jeune homme distingua un soulèvement de poussières sur ces terres en désolation…
Une troupe de cavaliers, une dizaine semblait-il. Ceux-ci, Karl ne les connaissait pas. Malgré la hauteur à laquelle il se trouvait, il put distinguer un blason inconnu : Un cheval bleu enveloppé d'un serpent vert le tout sur un fond rouge.
Qui pouvaient-ils être ? Et que venaient-ils faire par ici…?
C’est pour le savoir que le jeune homme décida de les suivre discrètement du ciel. Ils ne semblaient pas hostiles mais… Tout n’est qu’illusion en temps de Guerre et le jeune homme ne le savait que trop bien…
La troupe s’arrêta au bout d’une bonne heure sur une plaine encore verdoyante. Malgré l’état de fatigue qui semblait peser sur ces hommes, Karl, du haut de sa monture ailée, ne les vit pas se plaindre ou faire la grimace. Au contraire, ils semblaient confiants et pleins d’espoirs.
Ils repartirent quelques minutes après et continuèrent leur chemin vers…

- Mais, ils se dirigent vers notre royaume ! hurla Karl.

Il tira sur sa monture et la dirigea le plus rapidement possible vers le château où deux soldats l’attendaient.

- Sire, Seigneur votre Père veut vous voir immédiatement !
- Tenez, dit-il en donnant les rênes à l’un des soldats. Justement, je devais le prévenir d’une chose importante moi aussi !

Il se dirigea rapidement vers la salle du trône en traversant le long hall sans remarquer les courbettes des domestiques.

- Père ! dit le jeune prince en poussant violemment les portes de la salle.

Un silence s’installa. Devant le Roi se tenait les cinq grands Conseillers, ce qui eut pour effet de stopper Karl. Mais que faisaient-ils ici ? Pourquoi alors que la victoire semblait si proche malgré l’effusion de sang… ?

- Fils ! Justement je voulais te parler !

Karl s’avança lentement vers son Père, passant devant les Conseillers en les saluant de la tête. Ceux-ci s’écartèrent pour le laisser passer et prirent, par la suite, congé laissant le Roi et le Prince seul à seul.

- Père ! Pourquoi tes Conseillers étaient-ils ici ? La victoire est pourtant tienne !

- La victoire seule ne suffit pas mon Fils et tu le sais aussi bien que moi !

- Mais, pourquoi continuer à tuer des innocents ? Pourquoi continuer dans cette voie alors que tes soldats sont fatigués… ?

- Il suffit ! C’est à moi de décider ce qui est bon ou non pour le Peuple ! Tu comprendras lorsque tu seras Roi à ton tour ! Pour le moment, tu dois obéir !

- Mais…

- Ecoutes, un nouvel allié ne devrait plus tarder alors s’il te plait, conduis toi comme le digne Prince de ce Pays !


Le jeune homme souffla mais ne dit mot. Il savait pertinemment que cela ne servait à rien de continuer ainsi mais il fallait qu’il lui parle des cavaliers qu’il avait vu... A peine allait-il le prévenir qu’un valet annonça l’arrivée d’un Seigneur que Karl ne connaissait pas...

- Sir Von Karl’sen !

  Un homme d’une trentaine d’année apparut dans la salle du trône. Le jeune homme reconnut le Cavalier qu’il avait entr’aperçut plus tôt dans la journée et se retourna vers le Roi son père qui semblait sourire.

- Que me vaut ta visite en mes Terres mon frère ?

- Son frère… chuchota le jeune Prince mais alors…
- Eh bien, je reviens comme convenu... Vingt années ont passé depuis le jour où tu es monté sur le trône et je viens réclamer mon dû !
 

Le Roi esquissa un léger sourire en coin.

- Ne t’en fais pas, je ne t’ai pas oublié…
- Je l’espère bien !


Le nouvel arrivant jeta un coup d’œil à Karl, le dévisageant des pieds à la tête. Ce dernier fut extrêmement gêné mais dit mot. Il ne savait comment réagir, il venait d’apprendre que cet homme qu’il prenait pour un ennemi était en réalité son oncle dont il ignorait complètement l’existence !

- Tu te demandes bien pourquoi celui que tu considères comme ton père ne t’a rien dit… ?
- Tais-toi ! Il n’a pas besoin de savoir ! Ce qui importe pour le moment c’est notre marché non ?
- C’est exact mais il faudra bien lui dire tôt ou tard…

Le jeune Prince ne comprenait plus rien mais poser des questions ne serviraient à rien alors, il alla s’installer sur le trône à coté de son père attendant de savoir en quoi consistait ce “marché”.

- Ne te préocuppes pas de ça, c'est à moi qui convient de le lui dire lorsque le moment sera venu !
- Oui, oui... répondit Von Karl'sen évasif. J'espère qu'il est prêt en tout cas... Mon royaume en a besoin !
- Ne t'en fais pas pour ton royaume mon frère... il jeta un oeil vers son fils qui semblait ne rien comprendre. Fils, demain tu partiras avec cet homme qui est ton oncle !
- Partir ? Mais partir où ? Et... Je pensais que...
- Que j'allais l'aider dans sa guerre ? Finit Von Karl'sen. J'ai ramené avec moi de quoi lui fournie amplement la victoire...
- Karl, dit le Roi d'un ton serein, tu dois partir avec lui, c'est ainsi... Tu partiras au levé du jour avec ton oncle et Ryuu !
- Père ! Ce n'est qu'un bébé !
- Il est prêt ! Et ne discute pas !


Le Prince détourna les yeux vers le sol. Son père avait parlé et rien ne pourrait le faire changer d'avis...

Karl prit congé des deux hommes et se dirigea vers sa chambre préparer son sac. Il sortit d'un de ses tiroirs un anneau enfilé dans une chaine qu'il passa autour du cou. Il prit l'anneau dans la main qu'il serra versant une douce larme chaude.
Le lendemain, dès le levé du soleil, Karl partit en compagnie de Von Karl'sen et ses hommes laissant le Roi son père seul...

 

 

Par Kasuke Tenshin - Publié dans : Retour
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